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L'axe Paris-Moscou
La démocratisation des mœurs russes, l'ouverture de l'ex-économie soviétique à une économie de marché et surtout l'émergence d'une classe moyenne bouleversent nos représentations les plus sages de l'économie russe. La preuve ? Au cœur de Moscou, pendant 3 jours s'est tenue, une formation intitulée " Profession Chausseur " où 40 vendeuses de Simons Trading ont pu bénéficier de l'expérience séculaire de la chaussure française haut de gamme.
De gauche à droite : Alain Madec, Patrick Billard (Accessoires), Simon Bakhchichian, Patrice Raveneau (JB Martin) et Dimitri Dolinski.
Lorsqu'en 1994, Simon Bakhchinian ouvre les premiers magasins " Rendez-vous ", le marché est caractérisé par une ample offre des produits du Tiers-Monde et italiens." On pensait à l'époque que les grands évènements de la chaussure mondiale logeaient à Rimini et non pas à Paris. Et puis, on a découvert que c'était la France qui était au centre de la mode, qui en définit les tendances " reconnaît aujourd'hui le patron de Simon Trading. Huit ans plus tard, il est un des premiers à ouvrir à ses personnels un accès véritable à une formation afin de compléter un dispositif qui a su filtrer à bon escient les influences occidentales. Huit ans plus tard, les 5 magasins " Rendez-vous " offrent à son créateur la satisfaction d'être devenu le plus gros détaillant d'offre française du moyen et du haut de gamme de la chaussure à Moscou.
Les idées géniales n'apparaissent évidentes que lorsqu'elles ont été couronnées par le succès ; pas avant. A l'époque de sa création, l'idée de jouer la carte française équivaut à une montagne de difficultés : un recrutement d'un personnel motivé, une politique salariale motivante, une stratégie de développement clairement définie, un réseau fournisseurs digne de ce nom, une simplification de l'acheminement des marchandises entre Paris et Moscou, la levée des problèmes linguistiques . Le système pour être rapidement efficace et crédible demande une gestion simultanée de l'ensemble de ces paramètres. Aujourdh'hui, Patrice Raveneau, directeur à l'exportation pour J.B Martin, marque pionnière sur les étals de Rendez-vous " confirme " la nécessité d'un tel réseau pour faciliter ses échanges. "
La tentation est néanmoins trop grande : le goût des moscovites, de sa nouvelle classe moyenne émergente, est saturé par des collections qui frôlent l'indigence. Il faut ouvrir les vannes du goût, créer une véritable alternative et seule la tradition française est capable de relever ce défi. C'est le risque que prend Bakhchinian et c'est aussi la raison de son succès. Ajoutez en une autre ; il apprend vite.
Il importe pour la gestion de son personnel un management qui ne le ferait pas rougir dans une assemblée de syndicalistes français. Les salariés reçoivent une prime selon la quantité des modèles vendus mais aussi selon la qualité d'ensemble de leur prestation. Les salaires de base, supérieurs à ceux pratiqués par la concurrence, valorisent l'appartenance à l'entreprise, permettent de sélectionner les meilleurs et encouragent la motivation, le sentiment d'équipe.
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"On sent qu'on a pas seulement un patron devant nous mais une équipe de dirigeants et de vendeuses disponibles pour promouvoir nos produits " déclare Patrick Billiard, directeur commercial pour Jean-Paul Barriol.
Homme d'ouverture culturelle, il révise ses présentations de produits qui ne doivent plus rien à une " culture de rang d'oignons " et se réclame depuis longtemps d'une mise en valeur toute parisienne des modèles. Les techniques de vente elles aussi évoluent. Les vendeuses se voient confortées de la présence " d'hommes de main " qui amènent et rapportent les modèles essayés pour être totalement disponibles à leur clientèle, essentiellement féminine. Enfin , les 5 points de vente trouvent leur géographie définitive ; ça sera dans le Gum, en plein cœur de la cité.
Enfin, il crée Simons Trading France qui sera en prise directe avec les tendances du marché et capable d'assurer de manière fiable l'acheminement des produits. Interface des fournisseurs comme Free Lance , Sartore, JB Rautureau, Accessoire, Arcus ou JB Martin et les magasins " Rendez-vous ", Dimitri Dolinsky, directeur de Simons Trading France, avec Bachchinian arpentent les show-rooms des grandes marques, définissent par leur collaboration les propositions spécifiques qui seront déclinées pour la clientèle de Moscou. Au total, un vaste réseau de compétences alliant fiabilité, réactivité des fournisseurs à la demande de réassort de Simons Trading, transparence des résultats de vente, dans un environnement qui aura été totalement bouleversé.
La pauvreté des choix d'antan a laissé la place à une offre luxuriante, mais aussi susceptible de dérouter la clientèle par la multiplicité des formes, des matières et des couleurs. Une clientèle encore largement néophyte et curieuse de la culture de la chaussure haut de gamme qu'il faut informer, guider dans ses choix. C'est dans ses termes qu'une première session de formation fut pensée : donner aux vendeuses une meilleure culture de leur produit capable d'instituer entre elles et leurs clientes, une parole professionnelle. Capables de les conseiller quand elles hésitent, de distinguer pour les éclairer dans ses choix, d'expliquer la qualité d'un travail mais aussi capables, par ailleurs, de relever les problèmes de confection, asymétrie ou malfaçon. Dans ce système, les vendeuses deviennent des informatrices avisées des éventuels inconforts exprimés par la cliente sur certains modèles vendus. Elles sont un rouage essentiel au perfectionnement des relations fournisseurs-détaillants.
"Plus que tout autre métier, parce qu'il place le vendeur ou la vendeuse dans une situation physique d'infériorité (à genoux et regard ascendant), vendre des chaussures nécessite une parfaite connaissance de l'objet et du produit pour que le vendeur devienne un réel interlocuteur " explique Alain Madec, animateur de cette formation d'une durée de 3 jours. " La chaussure haut de gamme exige une vente haut de gamme. La société Simons Trading l'a compris et il aurait été étonnant que le goût français si présent dans ces murs soit absent des mots qu'on s'y échange " poursuit l'auteur du petit Traité de Haute Cordonnerie en parfait accord avec Simon Backhchinian, présent à l'ouverture de la formation. Présence symbole qui témoigne que la formation des personnels appartient à l'évolution d'une entreprise désirant apporter le meilleur service-clientèle. Marque d'une modernité indémodable parce essentiel à tout développement dans l'organisation du travail, il mise sur l'intelligence de son personnel, ce qui n'est après tout qu'une autre manière de le respecter. L'axe Paris-Moscou est un en marche.
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